True Beauty

Année/Diffusion : 2021/tvN

Par : Kim Sang Hyup, Lee Shi Eun

Durée : 16 épisodes

Des années de moqueries sur son apparence ont sérieusement attaqué l’estime de soi d’Im Ju Kyung (Moon Ga Young). Au lycée elle est le larbin d’une bande de petites raquetteuses minables, et quand ces dernières filment son humiliation après un râteau mémorable, c’en est trop. Elle est si triste et désespérée qu’elle pense commettre le pire, mais finit par rentrer chez elle indemne, et apprends avec soulagement que ses parents vont devoir déménager et la changer d’école. Ju Kyung décide alors de profiter de cette opportunité pour se réinventer, et avant d’être transférée, elle utilise tout son temps libre et son argent de poche pour apprendre à se maquiller. Le résultat est au-delà de ses attentes : non seulement elle ne passe plus pour “la moche”, mais elle accède immédiatement au statut de déesse du lycée, se fait des amies, et se retrouve même au cœur d’un triangle amoureux entre le beau premier de la classe Lee Su Ho (Cha Eun Woo), et le charismatique “délinquant” Park Seo Jun (Hwang In Yeop) ! Les ennuis de Ju Kyung, effrayée à l’idée que quelqu’un ne la croise démaquillée, ne font que commencer…

Disons-le tout de suite : si vous pensez à n’importe quel stéréotype de comédie romantique lycéenne, il y a 90% de chances pour que True Beauty l’ait intégré dans un épisode. Je ne vais pas en faire l’inventaire, on y serait encore demain. Heureusement, ce drama n’est pas conçu par n’importe qui, d’abord il est tiré d’un webtoon pas idiot du tout (je m’y suis replongée à l’occasion et c’est vraiment plus qu’une redite de Switch Girl, je le recommande), qui s’attaque à des questions très pertinentes pour la jeunesse actuelle hyperconnectée, sous la pression constante de standards de beauté rendus de plus en plus inatteignables par les avancées de la science et de la technologie.  Cette adaptation prend évidemment des libertés, que j’ai trouvé justifiées par le format spécifique du drama. Ensuite elle est tournée par Kim Sang Huyp, ce dernier prouvant à nouveau qu’il est le réalisateur parfait pour revisiter et parfois détourner de manière intelligente et fun les clichés des RomComs qu’on connaît par cœur. Il m’a fait beaucoup rire en particulier avec toutes les scènes où Ju Kyung, terrifiée à l’idée d’être la cible de fans enragées de ses deux prétendants, met fin résolument à toute interaction quand ils se retrouvent à trois en public.

0n peut reprocher au drama d’avoir embauché une actrice particulièrement belle pour ce rôle, et de lui avoir fait un “make-over inversé” pour la rendre crédible, mais d’un autre côté je me suis rendue compte, en particulier vers la fin, qu’ils n’exagéraient pas tant que ça son maquillage, et qu’en fait ça nous permettait aussi de voir jouer une actrice “tête nue” ce qui est assez inhabituel, et nous rappelle à quel point les stars sont apprêtées avant d’être filmées. En fait je me suis rendue compte que d’une certaine manière, le drama éduque l’œil du spectateur à voir l’héroïne avec et sans maquillage, sans que cela n’affecte notre perception du personnage. A la fin on peut voir Moon Ga Young en survêtement et en tenue de soirée, et parfaitement réconcilier ses deux apparences, un peu comme elle se réconcilie elle-même avec son image. Si les dramas ou films sur l’apparence qui utilisent la chirurgie esthétique ou les régimes extrêmes comme base scénaristique vous mettent mal à l’aise, True Beauty propose une approche beaucoup plus soft, celle du maquillage.

J’ai énormément aimé comment le thème du maquillage est présenté et traité dans ce drama. Le réalisateur trouve plein de bonnes idées. Au début il montre à la fois l’aspect magique et merveilleux du maquillage avec des références aux magical girls : Ju Kyung essaie de se réinventer, petite puis ado, comme une Pretty Cure (si vous connaissez cette série c’est l’une des licences de magical girls les plus populaires du moment avec un concept où les filles se transforment en utilisant, par exemple, des poudriers et des parfums magiques), et on se souvient que Sailor Moon se transforme en criant “Make Up” ! Comme toutes ces héroïnes de fiction et leurs inspirations (Creamy Mami…) qui deviennent des idoles et/ou combattent le mal, Ju Kyung dégaine ses pinceaux et ses flacons comme des armes, d’abord pour se protéger, puis ensuite protéger les autres grâce à cette nouvelle image qui lui donne confiance en elle. Son arc est bouclé quand elle réalise qu’elle n’a pas besoin de mettre un masque pour se défendre et s’affirmer, la force et le courage étaient en elle tout du long. Le masque est un thème visuel récurrent dans l’imagerie du drama, utilisé à la fois pour illustrer la richesse du monde intérieur de Ju Kyung “la nerd”, son manque de confiance en elle, et son héroïsme.

Son amoureux Lee Su Ho est un classique du petit garçon riche qui cache ses blessures sous un masque (hehe) d’indifférence. Il est le premier à faire le lien entre la Ju Kyung  apprêtée comme une véritable poupée du lycée et la Ju Kyung plus grungy qu’il croise dans la librairie/café, et la manière dont ils se rapprochent initialement grâce aux mangas d’horreur et absolument charmante. Le café devient un sanctuaire, théâtre privilégié de leurs moments d’intimité. Le pauvre Seo Jun partait perdant comme dans beaucoup de Kdramas, et j’avais un peu peur de ce qu’il allaient faire de ce triangle amoureux (surtout après celui d’Extraordinary You qui était répétitif et manquait de substance), mais heureusement sa rivalité/amitié avec Su Ho se développe très joliment, et surtout devient l’une des sources les plus fiables de comédie du drama.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste, le couple formé par la sœur de Ju Kyung et son prof principal est adorable (kudos pour une inversion des rôles masculin/féminin traditionnels qui n’est pas présentée comme ridicule et déviante, mais simplement enjouée et sincère), et la famille de l’héroïne est touchante malgré le fait qu’ils grossissent le trait pour la comédie. J’ai eu un peu de mal au début avec les parents et le petit frère, mais je me suis beaucoup attachée à eux au fur et à mesure, et je me suis surprise beaucoup plus souvent à rire qu’à froncer les sourcils devant leurs pitreries. Au final seule Kang Soo Jin, la quatrième roue du carrosse, m’a déçue. Même si l’idée derrière son personnage est bonne (pauvre petite fille riche qui devient amère au contact de Ju Kyung, contrairement à Su Ho qui se détend avec elle) les choix qu’elle fait paraissent inexplicablement brutaux, au point de nous l’aliéner presque entièrement. La manière dont c’est écrit m’a fait l’impression d’une ébauche qui avait grand besoin d’être retouchée, et ça ne m’étonnerait pas que la scénariste ait manqué de temps pour le faire.

Les acteurs qui interprètent tout ce beau monde sont bien choisis, y compris Cha Eun Woo. Il reste un peu vert et inégal, mais a finit par me convaincre en gérant bien les scènes d’émotions. Bien sûr il faut parler de la performance de Moon Ga Young, qui est mon grand coup de cœur du drama. C’est une actrice qui est dans le business depuis un bon moment via des petits rôles, et qui a percé récemment grâce à son interprétation de la “Madame de Merteuil” d’ Untold Scandal/The Great Seducer. Dans True Beauty elle a l’occasion de déployer toute l’étendue de son talent d’actrice (en particulier comique) et ça m’a donné envie de la voir dans d’autres shows. Je recommanderai ce drama rien que pour la voir jouer.

Enfin l’argument final en faveur de True Beauty est son exquise réalisation. Ce réalisateur sait créer de véritables univers-écrins ; les lieux, décors, accessoires et costumes nous donnent à chaque fois des indices visuels riches sur les personnages et les thématiques du drama (mention spéciale à la chambre de l’héroïne qui est la chambre que j’aurais rêvée d’avoir ado). C’est coloré, joli, créatif, bourré de références et de symboles, et dépaysant. Pour les fans qui sont tombés comme moi dans l’addiction aux Kdramas via une certaine adaptation de manhwa tout aussi haute en couleur nommée Goong (ou même Boys Over Flowers !), c’est le paradis.

En bref : True Beauty est comme une grosse boîte de chocolat dont vous connaissez tous les goûts, mais qui sort d’une des meilleures usines du marché, et qui est remplie de vos parfums préférés. C’est coloré, délicieux, varié, et comme les ingrédients sont de qualité vous n’avez pas mal au ventre après l’avoir terminée (oui je suis en train d’écrire cette critique en mangeant du chocolat, comment avez-vous deviné ?). Si Kim Sang Hyup décide de tourner à nouveau un adaptation, je serais au rendez-vous.

2 thoughts on “True Beauty

  1. milaguru

    Merci pour ton article Mina ♥ J’ai moins fini par apprécier la famille de l’héroïne (j’avoue, en partie parce qu’ils arrêtent pas de crier et que ça m’insupportait) mais sinon je partage ton avis, et ton article rend joliment ce qui fait l’attrait du drama ♥ De même, si le réal rempile pour une adaptation, je serai là pour voir ça !

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