IDOL: The Coup

Année/Network : 2021/jTBC

Par : No Jong Chan, Jung Yoon Jung

Durée : 12 épisodes

Quand Ma Jin Woo (Jung Woong In) lance le groupe féminin Cotton Candy en 2016, il y croit dur comme fer. Après le flop de leur premier album, sa petite agence Starpiece Entertainment reporte toute son attention et ses moyens sur d’autres jeunes artistes, qui rencontrent le succès et lui permettent de devenir l’un des majors du business. Cotton Candy se retrouve alors dans la position difficile du groupe senior de son agence qui n’a jamais eu le moindre tube. Devenu un symbole d’échec, tout le monde voudrait le voir disparaître sans bruit, mais la leader Jena (Ahn Hee Yeon/”Hani”), Elle (Exy), Hyun Ji (Solbin), Stella (Han So Eun) et Chae Ah (Green) ne parviennent pas à s’y résoudre. Elles essaient par tous moyens d’obtenir une seconde chance, et quand le destin leur claque la porte au nez brutalement, les filles commencent à accepter l’inévitable. Jena décide que quitte à se séparer, autant le faire en laissant leur marque : elles le feront seulement après avoir sorti un tube en tête des classements. Ce ne sera pas chose facile, Jena aura à faire face aux divisions internes qui déchirent le groupe, et surtout au nouveau CEO de Starpiece, Cha Jae Hyuk (Kwak Shi Yang) qui ne comprends pas pourquoi leur groupe existe encore sous perfusion alors qu’il n’a jamais marché. Avec le soutien de Seo Ji Han (Kim Min Kyu), le leader de MARS impressionné par son talent musical qui a une dent contre Jae Hyuk, la guerre est déclarée. 

Beaucoup de séries à idoles utilisent le parallèle avec Cendrillon pour présenter leurs héroïnes. On comprends pourquoi : une jeune femme dans l’ombre qui travaille dur (les idoles aspirantes) veut participer au bal (le show) et une marraine la bonne fée (l’agence) apparaît pour lui donner la robe, les chaussures et la coiffure pour la faire briller de mille feux, et gagner le cœur du prince (le public). Mais il faut que la jeune femme garde un œil sur l’horloge, car au bout d’un certain temps la magie s’évapore et elle doit retourner à la réalité de son quotidien. Là encore on peut faire un parallèle avec les idoles, et même les apprenties idoles : le temps passe, et si elles n’arrivent pas à percer, elles devront retourner chez elles et réinventer leur avenir. Eh bien, IDOL: THe Coup est ce qui arrive quand Cendrillon fait un flop au bal et se prends un coup de pied aux fesses de la part de la bonne fée. Comme tous les rêveurs qui ont fait tant de sacrifices, elles ont du mal à renoncer, sans compter que pour la majorité d’entre elles Cotton Candy est devenu leur famille, et en sortir équivaut à retourner la queue entre les jambes vers une situation précaire.

A première vue c’est une histoire classique d’underdogs qu’on retrouve dans beaucoup de shows à idoles, mais en réalité c’est plus nuancé que ça, car le groupe Cotton Candy est dans une position très paradoxale. D’un côté c’est vrai que la manière dont elles sont traitées est cruelle, elles ont servies de prototype à leur agence et ont été négligées, mais de l’autre les agences d’idoles ne sont pas des associations de charité, et tout groupe doit rapporter un minimum pour justifier les frais investis. C’est pour ça que Jae Hyuk, leur nouveau CEO intraitable, est un méchant ambigu : on doit lui admettre une part de lucidité et de bon sens lorsqu’il décide que mettre fin au contrat de Cotton Candy est une meilleure solution que la mise au placard dont elles souffrent depuis des années. Ajoutez à ça comme inspiration le vrai contexte des années 2019-2021, létales pour beaucoup de groupes féminins de la troisième génération, et vous avez un tableau peu encourageant pour un petit groupe rose bonbon comme Cotton Candy, écrasé par la concurrence (ce n’est pas un hasard si leurs rivales KillA est un groupe au concept plus sombre/girl crush : qui remplace Girl’s Generation en tant que premier groupe féminin de Kpop en 2016 ? Blackpink !). 

Le dernier élément de contexte qu’il faut prendre en compte pour parler de ce drama sont les “belles histoires” récentes de la Kpop, en particulier le parcours d’Hani qui a littéralement sauvé son groupe EXID de l’obscurité grâce à son déhanché en 2014 (ce n’est pas un hasard si elle mène ce drama), et le retour inattendu et assez bouleversant des Brave Girls cette année. Et au-delà de ces histoires de revanche, toute la symbolique des “fleurs sans noms” qui fleurissent comme les autres est un hommage aux idoles et apprenties idoles qui échouent à percer, ou qui retombent dans l’obscurité après un single. C’est une occasion en or pour montrer comment ces filles peuvent faire leur deuil de leur carrière et “fleurir” dans d’autres domaines. Malheureusement, à force de trop se concentrer sur cet ultime effort de sortir un dernier tube, et de zapper le processus de renoncement et de transition, le drama ne va pas au bout de son propos. J’y reviendrai plus loin. 

Une qualité unique de The Coup qui m’a immédiatement accrochée est la dynamique du groupe Cotton Candy. Ils ont cinq héroïnes, et chacune a une forte personnalité, un arc narratif développé, et l’occasion de briller à sa manière. C’est vrai que Stella et Chae Ah sont plus en retrait que les trois autres, mais elles ont un rôle essentiel à jouer, et ont droit à des scènes parmi les plus touchantes.  Quand tout va bien l’amitié des cinq peut s’épanouir, mais chacune a ses faiblesses, et quand les choses vont mal les traumas du passé ressurgissent, les failles se révèlent et divisent le groupe. Hyun Ji est prise d’une rage autodestructrice, Stella se replie tétanisée derrière un masque, Chae Ah prends la fuite, Elle cherche à survivre par tout moyen…et la pauvre Jena qui prends son rôle de leader très (trop ?) à cœur essaie tant bien que mal de les conserver unies et solidaires face aux épreuves. Tout est un combat, de la réservation d’une salle de danse au paiement de leur loyer. La première partie de The Coup est très prenante, et montre comme peu de dramas y sont parvenus à quel point le métier d’idole peut être une torture pendant une phase de mise au placard (si un groupe comme 2NE1 peut en subir une aussi lamentable au top de sa carrière et de sa rentabilité  j’ose à peine imaginer ce que ça doit être pour les groupe considérés comme “ratés”). 

Attention spoilers/Cette première partie du drama est ma préférée, mais je dois admettre qu’elle fait passer Cotton Candy pour le groupe le plus poisseux de l’univers, et que la mort simultanée du CEO Ma et de leur manager Du Ho va trop loin. Ils ont voulu découper l’intrigue avec un “avant” où subsiste un espoir de survie du groupe et un “après”, où les membres comprennent qu’elles sont seules contre le monde entier, et où Jena abandonne ses derniers scrupules pour déclarer la guerre à son agence. C’est une bonne idée, mais il y avait sans doute une manière un peu moins tirée par les cheveux de le faire. Malheureusement cette tendance à balancer dans les pattes des héroïnes les pires obstacles juste au moment où les choses commencent à marcher pour elles est trop exploitée, au point de devenir un running gag au cours de la seconde partie, et c’est difficile de ne pas lever les yeux au ciel quand la grand-mère de Hyun Ji tombe dans le coma juste avant leur dernière performance, ou quand Bbiyoung décide de suivre le pire plan du monde en plagiant la chanson de Jena (pire vilain dans un drama cette année, bonjour !).

Ces intrigues sont résolues de manière frustrante, et donnent le sentiment d’exister pour créer des conflits artificiels. IDOL: The Coup risque constamment d’avoir la crise de trop, et si au début on parvient à l’endurer grâce à de bons moments de catharsis, ça devient beaucoup moins vrai vers la fin. Les 4 derniers épisodes, qui reposent sur cette stupide affaire de plagiat, sont les plus faibles.  Ils auraient mieux fait de la supprimer, de faire sortir aux filles leur tube deux épisodes plut tôt, et de consacrer les deux derniers à leurs reconversions. J’étais heureuse d’apprendre à la fin que chaque membre a finit par trouver sa voie (prof de chant, chorégraphe…) mais très frustrée qu’ils aient complètement occulté la période de transition vers ces carrières. Je suis déçue aussi qu’ils n’aient pas eu l’idée de pousser certaines filles en dehors du show-business : ça paraissait essentiel pour quelqu’un comme Stella. Ils avaient une opportunité en or d’explorer de ce que devient une idole une fois que le rideau est tombé, et à force de se concentrer sur ce dernier tube (quel pétard mouillé) et des conflits superflus de dernière minute, ils sont complètement passé à côté. Pour une histoire réussie de reconversion d’idole je vous recommande l’anime Aquatope of White Sand, qui parle exactement de la même chose avec beaucoup plus de maturité et d’intelligence./Fin des spoilers

Du côté de la forme, c’est maîtrisé. La photographie donne un aspect rugueux et contrasté au drama qui corresponds bien à son côté sombre. C’est le genre d’atmosphère qu’on pourrait trouver dans un thriller, et ça annonce tout de suite que l’histoire de ce groupe ne sera pas une promenade de santé. La musique est l’un des gros points forts du drama, de l’intro mémorable aux singles des groupes fictifs. Même la chanson initiale de Cotton Candy, qui est un flop dans leur univers alternatif, détonne. La mise en scène aurait pu être plus subtile et moins répétitive, mais chapeau bas au réalisateur qui a su diriger un gros casting d’idoles inexpérimentées, et qui en a sorti des performances plus qu’honorables (excepté pour Kim Min Kyu, le maillon faible). Je suis particulièrement reconnaissante au drama pour m’avoir introduit à Kwak Shi Yang et Hani, deux nouveaux crushs que je serais ravie de retrouver dans d’autres projets.

Vous l’aurez deviné, l’écriture est à la fois l’un des atouts du drama, et sa plus grande faiblesse. Les moments les plus forts doivent beaucoup à des répliques percutantes comme le “j’ai peur, mais je me battrai” de Stella qui résume parfaitement la trajectoire du groupe, ou la confession déchirante de Chae Ah qui s’est tellement habituée à l’échec qu’elle ne sait plus comment envisager autre chose. Il y a aussi de très jolis moments qui m’ont tuée, comme toutes les fois où les filles vont danser et chanter sur le toit de leur petite colocation, pour chasser le désespoir, célébrer une réussite, s’entraîner ou partager un précieux moment de connivence. La relation entre les 5 membres du groupe est de loin l’aspect le plus réussi du drama, et la raison pour laquelle je le recommanderais à quelqu’un d’intéressé malgré les nombreux problèmes du scénario, occasionnellement brillant mais bâclé, probablement en raison de facteurs qui ne dépendaient pas de la scénariste.

Je me demande si ce n’était pas à l’origine un scénario prévu pour 16 épisodes qui s’est retrouvé raccourci trop brusquement sans qu’elle puisse le retravailler suffisamment. Retour des spoilers/Ca expliquerait pourquoi plusieurs intrigues sont confuses ou n’aboutissent à rien, comme le triangle amoureux Ji Han/Jena/Jae Hyuk, constamment teasé avant d’être totalement désamorcé (quel gâchis de l’alchimie entre Hani et Kwak Shi Yang), ou l’histoire de la famille des deux hommes. La scénariste voulait faire passer à travers cette intrigue un message sur les enfants adoptés à cheval entre deux cultures et les familles recomposées, mais c’est tellement hors sujet, confus et brutalement évacué qu’au final j’aurais préféré qu’elle simplifie cette intrigue, ou la supprime complètement. Je pense que le scénario était à peu près terminé, jusqu’au moment où Jae Hyuk décide de se ranger du côté des héroïnes, et après c’était des idées floues que de pauvres assistants ont dû travailler à l’arrache dans des délais absurdes. Comme je l’ai dis, toute cette histoire autour de Troy et Bbiyoung est inutile et exaspérante, et remplacer le triangle amoureux par la bromance entre Kwak Shi Yang et Kim Min Kyu ne fonctionne pas.

J’aurais préféré voir mieux développés à la place des personnages négligés comme Chae Ah, l’enfant-star managée par sa mère ou même Elle, personnage clé qui reste largement impénétrable, excepté un court passage révélant son contexte familial précaire. L’une des pires victimes des faiblesses du scénario à la fin est Stella : au lieu de rester sur une histoire basique mais efficace de stalker et de dépression, ils nous inventent cette abracadabrante arnaque de réalisateur véreux, résolue de manière complètement absurde et expéditive. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Je m’attendais à ce qu’un final éclatant nous fasse pardonner ces maladresses, mais le fameux adieu à la scène de Cotton Candy complètement anecdotique et monté à la va-vite laisse le spectateur sur sa faim alors que toute la série tendait vers ce moment. On se dit “tout ça pour ça” ?! Cela m’a fait d’autant plus apprécier le final d‘Imitation qui, par comparaison, s’est donné du mal pour nous laisser sur un festival de chant et d’émotions./Fin des spoilers

En bref : Cendrillon est rentrée chez elle dépitée, mais elle a fait un sacré scandale au bal que je ne suis pas prête d’oublier. IDOL: The Coup est un drama beaucoup trop ambitieux, avec trop de thèmes et de personnages. Il s’est clairement passé quelque chose en coulisses, que ce soit un manque de temps ou des coupes dans le nombre d’épisodes (ou les deux) qui a conduit à sacrifier certaines intrigues sans pour autant pouvoir les réécrire correctement, et ça se sent dans le produit final, qui laisse un goût d’inachevé. La première partie est la meilleure, et la seconde se plante en voulant continuer sur ce ton ultra-dramatique et conflictuel au lieu de faire remonter aux filles progressivement la pente vers l’espoir et leur avenir. Une opportunité manquée, mais tout de même mémorable. 

2 thoughts on “IDOL: The Coup

  1. milaguru

    J’ai sauté les parties qui spoilent donc j’ai lu une version courte de l’article mais j’ai envie de voir la série, parce qu’on a beau sentir que tu es mitigée, je trouve que tu vends vraiment bien ce que le drama a d’intéressant, et j’ai particulièrement accroché à cette idée de “Et au-delà de ces histoires de revanche, toute la symbolique des « fleurs sans noms » qui fleurissent comme les autres est un hommage aux idoles et apprenties idoles qui échouent à percer, ou qui retombent dans l’obscurité après un single.” (très jolie phrase, au passage). J’ai bien compris que le drama n’allait pas au bout de son idée, mais…

    En fait dans ta conclusion, tu dis que la seconde partie est la moins réussie donc je soupçonne que beaucoup des soucis du drama sont développées dans tes parties spoilers, donc celles que je n’ai pas lues :’D Donc ta description donne envie malgré les défauts soulevés. Je vais garder cela dans ma liste des choses à voir, même si je retiens de m’attendre à un sentiment d’inachevé et de raccourcissement du drama^^ Merci pour l’article !

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    1. Minalapinou Post author

      Si tu accroche à l’idée des “fleurs sans noms” vas-y parce que c’est vraiment ce que le drama développe le mieux ! Pour te donner une idée sans spoilers des soucis des derniers épisodes : ils exploitent des conflits artificiels au lieu de se concentrer sur l’essentiel et le final est très décevant. Un gros côté “tout ça pour ça” =/

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