Melancholia

Année/Network : 2021/tvN

Par : Kim Ji Woon, Kim Sang Hyeob

Durée : 16 épisodes

Baek Seung Yoo (Lee Do Hyun) est un prodige des mathématiques, mais arrivé à sa dernière année de lycée, il considère son talent comme une malédiction. Ses parents lui mettent une pression énorme pour réussir, alors qu’un traumatisme l’a dégoûté des maths depuis des années et poussé à se désintéresser de ses études. Cela arrange bien les parents de ses camarades de classe, qui comptent sur la prestigieuse école Asung pour propulser les carrières de leur rejetons, sous la baguette impitoyable de la directrice Noh Jung Ah (Jin Kyung). Cette dernière n’a aucun scrupule à trafiquer les recrutements et les examens pour privilégier ses meilleurs clients, mais elle tient tout de même à s’acheter un vernis de légitimité en recrutant une jeune pédagogue connue pour tirer le meilleur de ses élèves, Ji Yeon Su (Im Soo Jung). Elle a parié sur le mauvais cheval, Mlle Ji a des principes, et ne se laissera pas facilement manipuler. Lorsqu’elle découvre le talent caché de Seung Yoo, elle fait tout pour qu’il reprenne goût aux maths, et obtient des résultats impressionnants. Quand elle prends conscience de la corruption de son lycée, il est déjà trop tard : sa complicité naissante avec Seung Yoo est mise en scène pour créer un faux scandale et étouffer une affaire de tricherie impliquant la fille d’un député, Sung Ye Rin (Woo Da Vi).

Que les enfants trichent, c’est une chose qui arrive, mais quand ce sont les parents qui faussent les résultats, les conséquences sont autrement dévastatrices. Quand j’ai entendu parler de ce drama pour la première fois, j’ai cru que ça allait être un slice-of-life avec un parfum de romance interdite, à prendre avec des pincettes. En réalité Melancholia est plus une satire sociale sur l’éducation des enfants. Il y a un peu de romance, beaucoup de sentiments, mais concrètement pas beaucoup de passage à l’acte. Seung Yoo tombe amoureux de sa prof comme on est tous tombés amoureux de nos meilleurs profs à son âge. Il ne se passe rien, mais les gens qui autour d’eux brûlent de jalousie et d’ambition voient leur connivence comme une opportunité pour se débarrasser d’eux.

Les personnages de ce drama brûlent intérieurement. Parfois de passion pour la science, avec des effets positifs (Yeon Su, Si An) ou auto-destructeurs (le père de Yeon Su, l’ami de Seung Yoo au MIT), ils brûlent parfois d’amour adolescent (Seung Yoo) et de jalousie (Ye Rin) avec des conséquences catastrophiques, parfois d’une ambition prête à tout détruire sur son passage (la majorité des adultes), parfois de désespoir (Ji Na). Au cœur de ces passions se situe le don de Seung Yoo, qui déchaînes les envies, les espoirs et les angoisses des autres autour de lui, alors que cet enfant surdoué voudrait seulement pouvoir pratiquer les maths en paix. Il ne peut s’empêcher de revenir vers sa nouvelle prof malgré le trauma qui l’a poussé à arrêter les mathématiques : c’est la seule personne autour de lui à apprécier son talent sans se sentir menacée, sans vouloir l’exploiter ou le détruire. Les deux jeunes gens ont un coup de foudre intellectuel l’un pour l’autre (quelque chose qu’on ne voit pas si souvent dépeint dans les dramas !) : une nuit torride signifie pour eux une nuit à résoudre des problèmes de maths ensemble. Seung Yoo est le premier à désirer quelque chose de plus, mais sa prof, de manière compréhensible à ce stade de sa vie, ne le souhaite pas. 

A l’extrême opposé de la douce Yeon Su : la directrice Noh, véritable Cruella d’Enfer du lycée qui n’a aucun souci à violer les règles éthiques de sa profession, sans doute un peu too much dans son machiavélisme (on sent l’influence de SKY Castle et de Penthouse). Ils profitent de la théâtralité de son personnage pour créer du drama (les scènes entre elle sa demi-sœur Yeon Woo jouée par Oh Hye Won sont particulièrement croustillantes), mais font l’effort de nous montrer qu’elle est elle-même victime d’une famille impitoyable, où les enfants sont montés les uns contre les autres pour obtenir de l’attention. Il y a quelque chose de tragique chez tous ces adultes rongés par la haine et ce besoin déchirant de reconnaissance, qui les poussent à se marcher les uns les sur les autres en sacrifiant au passage le bonheur de leurs propres enfants. Le parallèle entre Noh Jung Ah et Ji Yeon Su est l’élément du scénario qui fonctionne le mieux à mon sens, et j’ai été étonnée d’être aussi émue par la conclusion de leur relation. Idem pour les arcs de Ye Rin et Ji Na (Kim Ji Young).  La jeune orpheline prodige Si An (Shin Soo Yeon) est un peu trop parfaite pour qu’on s’attache vraiment à elle, alors que les deux autres sont beaucoup plus intéressantes par leurs conflits internes. 

Si Yeon Su, droite dans ses baskets, est souvent seule contre les autres dans ses prises de positions, la directrice ne manque pas de sbires prêts à la suivre. Certains membres du personnel d’Asung et les parents sont tous aussi corrompus, et tous projettent sur les innocents leurs propres vices. Ce sont eux qui ont des rapports inappropriés avec les enfants, qu’ils ne laissent jamais être eux-mêmes. La première victime est Ye Rin, adolescente bosseuse à l’ego fragile qui devient la marionnette de Mme Noh, assagissant sa cupidité et sa soif de vengeance à travers l’adolescente. Ce sont les parents qui faussent les résultats des enfants à chaque épreuve en trichant et en utilisant leurs privilèges. Mais qui se fait accuser de favoritisme et de manipulation ? Mlle Ji ! Alors que c’est la seule qui essaie de s’adresser aux enfants à leur niveau et de les aider à trouver leur voie, sans pression autre que de respecter les valeurs essentielles d’honnêteté et de respect.

Le cas de Ye Rin est particulièrement triste. On comprends à quel point elle pourrait bénéficier du soutien de sa prof dans son développement. Malheureusement, ses parents sapent la bonne influence de Ji Yeon Su et font pencher la balance en faveur de Noh Jung Ah. Le message qu’elle reçoit de leur part est horriblement contradictoire et dévalorisant : la seule chose qui compte c’est la réussite (donc tu ne vaut rien si tu n’es pas une élève exceptionnelle), mais ne t’inquiète pas ma chérie, on s’occupe du tout pour faire en sorte que tu ne puisses pas échouer. On le sait, l’échec et la frustration sont essentiels dans l’apprentissage et le développement d’un humain, et comme cette expérience lui est refusée (et présentée comme la pire des choses) elle devient incapable de la surmonter. Ainsi voir Seung Yoo la dépasser sans tricher, et ne pas partager les sentiments qu’elle a pour lui, lui est insupportable. C’est dur de la voir faire des crises de panique quand sa mère lui assène qu’elle a “fait tout cela pour elle, pour son bien” à propos de toutes ses manœuvres de corruption et de tricherie : ce double langage faussement bienveillant peut rendre les gens fous. Plus tard, aucune des manœuvres de ses parents n’ont rendues Ye Rin heureuse, elle est pétrie d’angoisses et de colère. 

Le drama est coupé en deux : la première partie se termine par ce qui était annoncé au tout début, à savoir le scandale autour de la liaison amoureuse fabriquée de toute pièce entre Yeon Su et Seung Yoo, et nous les retrouvons plusieurs années après les évènements. Seung Yoo est devenu un mathématicien reconnu et enseigne à Asung, tandis que Yeon Su s’occupe de jeunes élèves dans une académie privée. Les deux sont déterminés à révéler les machinations de Mme Noh. Cette fois les rôles sont inversés : c’est Yeon Su qui est renfermée sur elle-même, traumatisée par ce qu’elle a vécu, et qui a perdu le goût des maths, et c’est Seung Yoo qui essaie de lui redonner de la joie de vivre.

C’est la partie du drama que j’ai aimée le moins. En théorie c’est une belle idée, en pratique ça ne fonctionne pas très bien, et c’est là que beaucoup de spectateurs ont décroché. J’ai réalisé à ce stade que la scénariste était coincée dans une impasse en ce qui concerne la romance. Comme personne n’a rien osé faire de concret avec les protagonistes quand ils sont prof et élève, il ne s’est rien passé. Mlle Ji a rompu avec son fiancé (Choi Dae Hoon) principalement à cause du scandale, et même si cette relation est gravement sous-développée (j’ai vu tout le drama et je serais incapable de vous dire si l’héroïne était amoureuse de lui ou pas), c’est évident qu’elle l’aurait épousé si les choses s’étaient passées autrement. Peut-être en raison des retours négatifs sur le sujet brûlant d’une relation prof/élève (doublée d’un adultère), personne n’a voulu l’assumer. Le soucis c’est que ça nous laisse avec une romance en seconde partie qui ne repose que sur la fougue amoureuse de Seung Yoo qui n’a toujours pas tourné la page quatre ans plus tard…et ça fait très forcé, voir malvenu. 

Je pense qu’ils auraient pu s’en sortir en faisant de nos protagonistes des collègues profs dans un lycée rival d’Asung, ça les aurait mis sur un pied d’égalité et ça leur aurait permis de se rapprocher naturellement, alors qu’en l’état ils sont supposés se rapprocher via l’insistance de Seung Yoo dans le contexte de leur quête de justice…et ce n’est pas le moment ! Au final Yeon Su passe son temps à fuir le jeune homme, ce dernier passe son temps à lui courir après, et ce n’est qu’à la toute fin qu’ils collaborent et qu’on nous confirme qu’il se passe quelque chose de plus entre eux (littéralement les dernières minutes). Beaucoup de bruit pour rien ? Et ce n’est même pas comme si les acteurs manquaient d’alchimie, leur coup de foudre intellectuel fonctionne très bien et il y a une scène pleine de tension dans une bibliothèque où on sent que quelque chose pourrait se passer…mais non. Je me suis demandée à la fin quel était l’intérêt de nous présenter le drama comme une romance si elle reste aussi froide et non avenue quasiment jusqu’à la fin du drama. Je suis satisfaite de toutes les résolutions des arcs de manière globale, mais il a manqué quelque chose à la romance centrale. 

Avant de conclure, je dois dire un mot sur la réalisation : je suis de près ce que fais Kim Sang Hyub parce qu’il parvient à créer des univers-écrins très inspirés et inspirants pour ses héros, et c’est le cas ici : on voit le monde à travers les yeux des amoureux des maths qui voient des formules et des motifs géométriques partout, que ce soit dans les travaux humains (architecture, transports, structure, musées…) ou les travaux de la nature (les arbres), et c’est très réussi. Je me demande si Kim Sang Hyub a vu le film culte Pi, qui raconte également l’histoire d’un jeune prodige des maths capable de voir les “nombres secrets” dans la nature (entre autre), et qui est traqué pour son don. Le drama a d’autres références intrigantes, notamment aux mathématiciens Hardy et Ramanujan, qui ont eu une relation de jeune génie à mentor comme nos deux héros : je vous recommande cette review d’un internaute sur MDL qui rentre un peu plus dans les détails. 

En bref : Même si Melancholia aborde son intrigue romantique sous un angle original (le coup de foudre intellectuel) et regorge de mises en scènes artistiques et déclarations d’amour très poétiques, n’attendez pas beaucoup d’action de ce côté là. Je pense qu’il faut le voir en ajustant un peu ses attentes : ceux qui veulent une romance prof/élève piquante ne l’auront pas, ceux qui veulent du slice-of-life détente sur les maths et l’art auront un peu de ça mais pas énormément (et surtout au cours de la première partie).  C’est surtout un excellent drama sur l’éducation qui montre à quel point les parents et les encadrants peuvent enfoncer ou élever un enfant. Et c’est déjà pas mal. 

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