School 2021

Année/Network : 2022/KBS

Par : Hong Eun Mi, Kim Min Tae, Dong Hee Seon, Jo Ah Ra

Durée : 16 épisodes

Forcé d’abandonner le taekwondo qui était son leitmotiv principal, le lycéen Kong Ki Joon (Kim Yo Han) a du mal à réinventer son avenir. En plus de ça, il se retrouve dans la même classe que deux anciens amis d’enfance avec qui il s’est brouillé : la tête de mule passionnée Jin Ji Won (Jo Yi Hyun) et le distant Jung Young Joo (Choo Young Woo). Il admire de loin Kang So Yong (Hwang Bo Reum Byeol), la beauté froide de la classe qui révise sans relâche. Les quatre se retrouvent pour des raisons différentes dans un cursus technique de menuiserie réservé aux élèves qui souhaitent anticiper leur formation professionnelle, soit pour ajouter une corde à leur arc, soit pour trouver rapidement des stages et des postes en entreprise. Sous la houlette de leur prof Lee Kang Hoon (Jun Suk Ho), ils commencent à travailler ensemble. Leur quotidien est bouleversé quand Young Joo lance une plante en pot du toit du lycée pour qu’elle vienne s’exploser plus bas sur la voiture de la directrice. Cette affaire va-t-elle aggraver leurs différents, ou au contraire les souder ?

! Attention, spoilers (sur divers conflits, pas leur résolution, et le drama est globalement assez prévisible, ça n’affectera pas tellement votre appréciation)

School 2021, ou le drama qui devrait s’appeler School 2022. La production a eu des soucis, ils ont eu du mal à recruter leurs acteurs principaux, Kim Yo Han a eu le COVID, et la date de sortie a été repoussée. Je n’ai pas vu les autres dramas de la série anthologique des “School” mais je sais qu’ils sont tous basés sur une idée de peinture réaliste de la vie scolaire des jeunes, et School 2021 (la huitième édition depuis 1999 !) n’y échappe pas. Si je devais qualifier son approche et son style plus spécifiquement, ce serait par l’expression “tranche de vie”. Lorsque la tranquillité du quotidien est perturbée, elle l’est par des problèmes et des tragédies qui peuvent parler à tout le monde : la perte d’une maison de famille, la noyade d’un petit garçon dans la mer, un accident de sport, un accident de travail suivi par un procès compliqué, la pression familiale pour “réussir” alors qu’on veut suivre une filière technologique, un stage qui tourne au vinaigre à cause d’un manager abusif, etc. Même si tout cela a un fort potentiel dramatique, School 2021 reste dans l’ensemble bien ancré dans la réalité.

Dans l’ensemble, mais malheureusement pas complètement. Les méchants échappent à la règle : la directrice et son sbire ne ricanent pas comme des vilains de makjang mais presque, et ils sont trop ouvertement cruels et corrompus pour coller au reste. J’ai connu des directrices cruelles et incompétentes au cours de ma scolarité, mais elles ne manigançaient pas de manière aussi calculée par pure cupidité, et pour se venger de tel ou tel élève. Cet aspect du scénario est un peu ridicule dans un drama tranche de vie, qui par ailleurs n’avait même pas besoin de méchant : les aléas de la vie et les malentendus suffisaient ! Je pense qu’ils n’ont pas su bien délimiter “commentaire social” et “satire sociale”, et c’est d’autant plus dommage que les scénaristes nous prouvent qu’il maîtrisent l’écriture du premier, comme à travers le conflit divisant Young Joo, le prof de menuiserie, et son ex-femme.  Voilà un adulte (le prof) qui essaie de gérer des situations difficiles, tiraillé entre son ancienne compagne le trouvant trop impliqué dans les conflits sociaux avec ses employeurs, et un élève estimant qu’il ne l’est pas assez. Il essaie de ne pas trahir ses valeurs, sans trop se mettre en danger pour pouvoir continuer à soutenir sa famille. Voilà une situation subtile et réaliste ! Et point bonus pour la représentation d’un couple divorcé, qui élève leur enfant à l’amiable, sans tentative de rabibochage.

J’ai moins de réserves sur la réalisation. C’est très attrayant, adroitement composé et joliment éclairé. L’une des raisons pour lesquelles j’ai été attirée par le projet était les belles captures d’écrans que je voyais passer chaque semaine sur les réseaux, et je n’ai pas été déçue. J’ai beaucoup apprécié en particulier les excursions des élèves, c’était un chouette prétexte pour voir de très belles maisons coréennes d’architecture traditionnelle. Le casting est plus inégal, un risque récurrent dans ces dramas sur la jeunesse, qui ont tendance à privilégier la fraîcheur d’un visage au détriment du talent. Pour le rôle de l’héroïne un peu old school (bosseuse, ne tolère pas les injustices) Jo Yi Hyun n’était pas le premier choix, mais elle m’a plu immédiatement. Elle est charmante, pleine de talent, et donne au rôle l’énergie solaire et contagieuse qui correspond si bien à ce type de rôle. Kim Yo Han a été une bonne surprise, j’avais un peu peur qu’il ne rentre dans la catégorie des idoles belles gueules qui jouent en surface sans faire ressortir de richesse intérieure, et c’est tout l’inverse, j’ai trouvé que c’était le meilleur acteur masculin du lot. Il a su donner au personnage de Ki Joon cette espèce de fausse nonchalance typique de l’ado, une mollesse tranquille affectée qui laisse transparaître occasionnellement une grande tristesse et un bouillonnement intérieur. La romance et l’alchimie entre son personnage et celui de sa partenaire sont des atouts majeurs du drama.

En troisième roue du carrosse, rôle souvent clé dans un drama School, j’ai trouvé Choo Young Woo très faible, pas tout à fait mauvais mais en dessous des autres. Ses principales expressions sont “vaguement agacé” et “vaguement content”, et c’est dommage parce que le personnage était l’un des plus intéressants sur le papier. C’est un jeune homme qui n’arrive pas à accepter que le héros ait fait le deuil de leur meilleur ami d’une manière différente de la sienne (et légitimement s’est senti abandonné par ce dernier) : j’ai trouvé que c’était un conflit pertinent et riche, qu’on ne voit pas si souvent abordé. Pour la petite anecdote, Kim Young Dae était le premier choix pour jouer Young Joo, et je ne pense pas qu’il aurait fait mieux, donc pas de regrets. Le vrai troisième mousquetaire talentueux du casting est Hwang Bo Reum Byeol : impressionnante de naturel, elle disparait derrière son personnage. Le dernier couple d’acteurs est surtout là pour faire office de clowns de service, et j’avoue me lasser de ces personnages obligatoires dans ces dramas lycéens, surtout si le drama est question n’est pas une comédie. Je regrette qu’ils n’aient pas choisi de plus développer à la place les jumeaux, leur arc avait plus de potentiel.

School 2021 s’ajoute à la longue liste des projets qui ont une première partie plus solide que la seconde, et qui auraient bénéficié d’un format de 12 épisodes. Le scénario a un creux vers les épisodes 11/12, ont sent qu’ils jettent les idées en l’air faire passer le temps. Ainsi, un bébé surgit de nulle part pour tirer la corde du troisième couple sur le point de se mettre ensemble, Ji Woo fait des erreurs importantes dans la fabrication d’un banc alors que c’est la plus expérimentée et impliquée du groupe, et la mère de Ki Joon refait brutalement surface pour proposer à son fils de tout lâcher pour la rejoindre au Canada. Je n’ai pas du tout détesté la manière dont le drama résout tout cela, mais on sent trop le côté fabriqué et cliché de ces conflits. J’aurais préféré qu’ils explorent à la place les hauts et les bas du cursus professionnel anticipé, le stigmate de la “filière techno” (c’est un petit peu abordé à travers le conflit entre Ji Woo et sa mère mais pas assez), et surtout qu’ils nous révèlent un peu plus les secrets de la menuiserie (idem, c’est traité trop superficiellement). Il m’a manqué un dernier challenge de conception/construction à la fin, qui ne soit pas faussé par les manigances de la directrice ou les erreurs de dernière minute de Ji Woo.

D’autres intrigues de la seconde partie étaient moins artificielles et plus cohérentes avec le reste, en particulier l’évolution des deux couples principaux, la belle relation entre Ki Joon et son grand-père dont la santé se dégrade, la reconstruction lente de l’amitié entre Ki Joon et Young Joo, la crise vocationnelle de Ji Woo, et cette histoire de procès. Les deux derniers épisodes ont la charge de résoudre plusieurs intrigues de fond, et confirment que le drama est meilleur quand il se contente d’être un slice-of-life léger, et maladroit quand il essaie d’être un commentaire social sérieux. Il suit sa ligne directrice qui est de trouver des solutions par le dialogue et la coopération, et résout le tout de manière plutôt fun, mais c’est trop long, et beaucoup de “twists” comme un méchant surprise de dernière minute font office de remplissage pour combler le vide.

En bref : C’est mon premier coup de cœur pour une série de l’anthologie “School” et c’est la première que je termine. Je ne pense pas que c’est la meilleure (par ailleurs, elle n’a pas été très bien reçue et n’a pas fait parler beaucoup d’elle) et j’ai eu un peu de mal à la terminer à cause de sa baisse de régime à la fin, mais je trouve qu’elle déborde de charme, de sincérité, et d’innocence. Elle fonctionne mieux quand elle se contente d’être un slice-of-life avec un brin de coming-of-age et de romance, et devient pataude quand elle cherche à être sérieuse, ou ne sait plus quoi inventer pour étirer l’intrigue. J’ai senti que la série aurait mieux fonctionnée si elle n’avait pas été contrainte par certains impératifs propres aux Kdramas : s’étaler sur 16 épisodes d’une heure, et créer des conflits pour terminer chaque épisode par un cliffhanger. Peut-être est-il temps de réinventer le format pour les prochaines versions du concept ?

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